Dolly la brebis

Publié le par Titjuju

Dolly et sa "mère porteuse"

Aujourd’hui, le premier mammifère cloné de l’histoire aurait eu dix ans. On se souvient tous de l’impact de l’annonce de la naissance de Dolly, une brebis clonée à partir d’une cellule de glande mammaire par une équipe de chercheurs écossais.

Seule « réussite » sur 277 essais, elle avait provoquée stupeur, étonnement ou horreur, en ouvrant des perspectives thérapeutiques extraordinaires tout en réveillant les terreurs éthiques les plus profondes.

Il faut reconnaître que son clonage à partir d’une cellule différenciée était une grande avancée en matière scientifique, pour deux raisons principales:

- La preuve de la réversibilité de la régulation des gènes était enfin prouvée : cette donnée était essentielle pour la confirmation de théories portant sur la compréhension de certains mécanismes, par exemple impliqués dans des pathologies comme les cancers.

- La technique de transfert utilisée était une possibilité pratique, concrète, dans le développement d’animaux transgéniques qui pourraient produire des protéines humaines à des fins thérapeutiques. 

Bien sûr, cette brebis cristallisait aussi toutes les peurs relatives aux manipulations génétiques : la potentialité de pouvoir « copier quelqu’un à l’identique » (même si Dolly n’est pas le clone « parfait » de la « mère donneuse ») réveille des angoisses dignes des films de science-fiction les plus mauvais… des salles remplies de « copies » de chacun, inconscientes et sous bulles, servant aux « originaux » de « banque d’organes » en cas de maladie ou autre… la copie des plus grands tortionnaires de l’histoire, comme une résurrection subite… bref, l’imaginaire populaire est bien plus puissant que le mien !!

Ce coté « sensass » mis à part, il s’est tout de même révélé essentiel de fixer des limites au clonage : des Raëliens ou autres déphasés clamant leur volonté de réaliser des clonages humains, au quidam s’inquiétant du devenir de l’homme en passant par le côté financier et commercial de cette découverte, il fallait une législation, ou du moins un prise de position des autorités. C’est la naissance de la bioéthique telle que nous l’entendons aujourd’hui, et dans pratiquement tous les pays se sont mis en place des conseils de bioéthiques. Il fut évident que le clonage reproductif, tel qu’il fut réalisé pour Dolly, ne pouvait qu’être interdit pour l’homme. D’autres « règles » et mises en garde furent édictées, et aujourd’hui encore, selon les avancées techniques, certains points précis sont rediscutés afin que la recherche avance sans faire se réaliser les rêves des savants fous !! D’où, récemment encore, les débats sur l’utilisation des cellules souches à des fins de recherches.

Beaucoup d’autres espèces mammifères furent clonées depuis, avec plus ou moins de facilités, apportant plus ou moins de bénéfices aux recherches, à mon sens. Et malgré tout ce qu’on peut entendre, le clonage des primates, a fortiori donc des humains, n’est techniquement pas réalisable… Imaginez que la difficulté de ce clonage reproductif est environ cent fois supérieure à celle existante pour Dolly, il faudrait donc cent fois plus de tentatives pour avoir une chance (ou un risque !) d’aboutir : il n’est techniquement et protocolairement pas possible d’obtenir le matériel humain (ovules, etc…) nécessaire à la mise en place de cet essai.

Dernier scandale récent : ce chercheur coréen Hwang Woo-Suk travaillant sur le clonage thérapeutique (donc à but non reproductif !! ) avait annoncé la réussite d'un clonage humain : il a lui-même avoué quelques temps après que les résultats avaient été falsifiés… Ce chercheur, très apprécié dans le milieu scientifique, était pressenti pour un prix Nobel de médecine et de physiologie pour son travail sur le clonage thérapeutique et cet aveu d’échec fut tout autant un séisme que son mensonge.

Les perspectives thérapeutiques que semblaient ouvrir la naissance de Dolly ne sont donc pas toutes en voie de concrétisation : l’imaginaire scientifique est lui aussi très puissant ! Première atténuation de l’effet Dolly : son vieillissement prématuré. A six ans, percluse d’arthrose et souffrant de difficultés respiratoires, Dolly fut sacrifiée.

Sans déception mais avec une meilleure compréhension des mécanismes biologiques, le clonage thérapeutique, tant décrié avec l’annonce de l’existence de Dolly, apporte aujourd’hui un outil technique, à sa mesure et à notre échelle, très performant et encourageant pour les découvertes à venir…

  
Dolly à la fin de sa clonesque vie.
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Publié dans Juste pour le dire

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